Saison 5

#rétrospective – S01E08: Poésie.

Et puis dans ce rĂ©troviseur, oĂą dĂ©filent mes journĂ©es et toustes les bruxellois.es qui les remplissent, comme les trams que je conduis, apparaissent des scènes. Je commence Ă  y voir des rĂ©pĂ©titions, des habitudes et parfois, des choses surprenantes! Alors, je m’y plonge, je contemple, j’imagine d’oĂą viennent et oĂą vont ces personnes. Celui qui transporte un lampadaire, ou les grands tubes ou celle qui voyage avec sa contrebasse. Elle revient de son cours ou elle y va? Quel livre lit ce gars, qui me donne envie de m’arrĂŞter place Flagey et d’en lire un sur un banc au soleil, cafĂ© latte Ă  la main. Quel enfant a perdu ce sac de piscine. S’il il ou elle se fera engueuler ce soir. Quelle musique Ă©coute cette femme… J’Ă©coute ces deux ados et j’essaie de dĂ©crypter « Le mec, il m’envoie un pouce! Sans texte! ». Puis en fond, les voix des collègues qui rĂ©sonnent dans la radio du dispatching tram. Au fond, c’est un peu ma tv Ă  moi. Je suis leurs pĂ©ripĂ©ties, parfois il y a un peu d’humour cachĂ©, souvent de l’agacement, parfois du stress. J’apprends mon nouveau mĂ©tier aussi comme ça.

Une trame sonore de roues qui avancent sur les rails, d’allers et retours d’essuies-glace, du moteur qui ronronne, du gong que j’active frĂ©nĂ©tiquement, de sonneries de demande d’arrĂŞt, des portes qui s’ouvrent et se ferment. Je rĂŞvasse. Du moins, j’apprends Ă  conduire tout en m’Ă©vadant. Et c’est gĂ©nial, car c’est exactement pour ça que je suis sur ce siège de tram: me sentir utile, ĂŞtre dans mon coin puis avoir des heures Ă  penser.

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Saison 5

#rétrospective – S01E04: Cravate.

Les semaines passent et on prend de l’assurance. On s’imprègne de l’ambiance, des rituels, de l’esprit d’entreprise. On continue Ă  vider les machines Ă  cafĂ©, on connaĂ®t par coeur le code de notre boisson Ă  35 cents. 241: Cappuccino avec 2 doses de sucre. J’apprĂ©cie ce nouveau quotidien et toutes ces rencontres, bien que je ne me fonds pas dans la masse. Je ne rejoins pas les rires qui suivent les remarques et les blagues racistes et sexistes. Je ne dois pas ĂŞtre la seule, mais c’est peu visible. Je me sens un peu Ă  part et en mĂŞme temps mon sentiment d’appartenance grandit. Heureusement, dans mon groupe il y a quelques clowns et on se marre bien. Quand les journĂ©es sont plus difficiles, on partage quelques frites et ils me soutiennent.

On a reçu notre uniforme et il faut bien dire que ça change tout. On ressemble aux professionnel.le.s que nous sommes entrain de devenir. Quand j’enfile les pièces le matin, l’assurance me gagne et tous mes gestes deviennent chaque jour un peu plus familiers. Je pars en tram conduire des trams et reviens en tram. J’observe le moindre centimètre des motrices, mĂŞme en Ă©tant passagère. Je me demande comment va se concrĂ©tiser cette nouvelle vie, quand je serai dans mon dĂ©pĂ´t, avec un horaire de travail spĂ©cifique. En tout cas, financièrement cela va dĂ©jĂ  mieux: on a reçu une avance sociale pour nous permettre de suivre cette formation dans les meilleures conditions. MĂŞme si je ressens un peu d’apprĂ©hension face Ă  l’inconnu, puis un sentiment Ă©trange d’avoir signĂ© un contrat d’ouvrière après toutes ces annĂ©es d’employĂ©e, je suis certaine de ne rien regretter. Je suis oĂą je dois ĂŞtre.

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Saison 5

#rétrospective – S01E03: Aiguille.

Le rĂ©veil a continuĂ© de sonner Ă  6h, chaque matin. Et Ă  ma plus grande surprise, les levers deviennent de plus en plus faciles, malgrĂ© les jours qui raccourcissent et le froid qui s’installe. Ça ne me ressemble pas. Je dois avouer que je suis plutĂ´t motivĂ©e quand j’ouvre les yeux, Ă  l’idĂ©e de retourner au centre de formation. Cette nouvelle vie m’enivre et surtout, je n’ai pas trop le temps de penser Ă  la fatigue. ThĂ©orie, dĂ©couvertes, discussions, rencontres, examens… Les journĂ©es filent.

Entre le premier cafĂ© que l’on partage ensemble et le choco chaud que l’on s’offre Ă  tour de rĂ´le en fin d’après-midi, le temps prend une autre dimension. Surtout, depuis qu’on est parti.e.s sur les rails et qu’on s’est assis.e.s dans un poste de conduite. On en revenait pas quand on nous a annoncĂ© qu’on allait dĂ©jĂ  conduire. Et Ă  la barre de notre PCC d’écolage, on ne fait vraiment pas les fier.ière.s. Des journĂ©es d’automne sombres et humides, un regard peu affĂ»tĂ©. La tĂŞte est remplie de thĂ©orie mais les gestes sont maladroits, hĂ©sitants. Et pendant quelques heures, je me suis demandĂ© ce que je faisais lĂ . Le lendemain, c’Ă©tait oubliĂ© et j’ai rapidement apprĂ©ciĂ© apprivoiser le vĂ©hicule. Ă€ tour de rĂ´le avec mon binĂ´me et un instructeur, on arpente les rues de Bruxelles : on observe les quartiers, on glisse avec la pluie, on stresse, on s’marre, on visite les dĂ©pĂ´ts, les cafĂ©tĂ©rias, on partage des cafĂ©s avec des collègues, on papote… Notre nouveau mĂ©tier s’infiltre petit Ă  petit en nous.

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Saison 5

#rĂ©trospective – S01E02: Cartable.

2016, deuxième quinzaine d’octobre. Lundi, le rĂ©veil sonne Ă  6h. Mes paupières sont lourdes et la pĂ©nombre fraĂ®che me retient sous la couette. J’ai mal dormi, un mĂ©lange d’excitation et d’apprĂ©hension. Aujourd’hui, je retourne Ă  l’Ă©cole, et c’est exactement comme je me sens : l’inconnu des prochaines semaines, et qui ne me sera plus Ă©tranger dès demain, me serre le ventre. Cela fait des annĂ©es que je travaille en horaire dĂ©calĂ©. Autant dire que je ne suis pas vraiment rĂ©veillĂ©e quand je monte dans le 55 place Liedts pour rejoindre le centre de formation vers 7h15.

J’arrive Ă  Haren. C’est rempli. Dehors, dedans, ça passe de tous les cĂ´tĂ©s dans les couloirs. Tout le monde se dit bonjour. Certain.e.s en uniforme. On repère vite les nouveaux arrivĂ©s dans le Coffee Corner, on ne sait pas trop oĂą ni comment se mettre. Pendant que les habituĂ©.e.s se prennent un cafĂ© et discutent joyeusement de leur weekend. Presque pas de femmes. J’ai l’impression d’ĂŞtre adolescente Ă  nouveau et ce quart d’heure d’attente me semble interminable. Les formateurs dĂ©filent et repartent avec de petits groupes. Nous sommes les derniers appelĂ©s. Je compte : on est six. Cinq gars.

Le responsable RH et sa collègue nous accueille avec chaleur et dynamisme, je commence Ă  me dĂ©tendre, et il me semble qu’autour de moi aussi. On est briefĂ©s sur l’entreprise et l’avenir qui nous attend, on reçoit notre badge, notre pass transports, un lot de manuels et une clĂ© mystique. Puis dĂ©barque Fabrice. Un visage doux et accueillant. Je ne sais pas encore qu’il sera mon point de repère, mon rĂ©fĂ©rent bienveillant tout au long de mon apprentissage, qui connaĂ®tra des hauts et des bas. Mes Ă©paules se relachent encore un peu plus. Chacun.e se prĂ©sente, le groupe est diversifiĂ© en âge et culture. Ça m’emballe. Il use de son humour pour transmettre la matière et cela fonctionne, ça y est on est lancĂ©.e.s : l’aventure STIB commence !

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Saison 5

#rĂ©trospective – Saison 1: Pilote

J’ai longtemps choisi de travailler par contrats Ă  durĂ©e – courte – dĂ©terminĂ©e et Ă  temps partiel. Il me faut du temps pour moi, pour mes proches et pour mes projets artistiques. Aussi loin que je m’en souvienne, je n’ai jamais saisi la pertinence de s’arracher Ă  son chez soi, ses activitĂ©s et celleux qu’on chĂ©rit pour aller s’Ă©puiser, courir et stresser, tout ça avec la charge de paraĂ®tre au top de notre beautĂ© et santĂ©. On se doit Ă©galement de remplir nos conditions sociales qui me semble-t-il sont en totale contradiction. Comment organiser un mariage, des vacances, se prĂ©parer Ă  une naissance, gĂ©rer la logistique d’une famille, acheter puis rĂ©nover une propriĂ©tĂ© avec seulement quelques heures par semaine de «  repos  »  ? J’appelle ça une vie anti-vie. Chapeau Ă  chaque personne qui relève ce dĂ©fi. J’ai choisi la vie et le temps pendant plus de dix annĂ©es de carrière. 

Et un jour, alors qu’elle Ă©tait dans mon quotidien depuis longtemps, elle a finit par m’Ă©touffer: la prĂ©caritĂ©. L’Ă©tĂ© 2016, j’ai pris la dĂ©cision de la chasser pour de bon et de, enfin, moi aussi, jouer au jeu du travail CDI temps plein. 

J’ai vu une annonce. J’ai postulĂ©.

C’est alors que Trame est nĂ©. 

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