Et puis dans ce rĂ©troviseur, oĂą dĂ©filent mes journĂ©es et toustes les bruxellois.es qui les remplissent, comme les trams que je conduis, apparaissent des scènes. Je commence Ă y voir des rĂ©pĂ©titions, des habitudes et parfois, des choses surprenantes! Alors, je m’y plonge, je contemple, j’imagine d’oĂą viennent et oĂą vont ces personnes. Celui qui transporte un lampadaire, ou les grands tubes ou celle qui voyage avec sa contrebasse. Elle revient de son cours ou elle y va? Quel livre lit ce gars, qui me donne envie de m’arrĂŞter place Flagey et d’en lire un sur un banc au soleil, cafĂ© latte Ă la main. Quel enfant a perdu ce sac de piscine. S’il il ou elle se fera engueuler ce soir. Quelle musique Ă©coute cette femme… J’Ă©coute ces deux ados et j’essaie de dĂ©crypter « Le mec, il m’envoie un pouce! Sans texte! ». Puis en fond, les voix des collègues qui rĂ©sonnent dans la radio du dispatching tram. Au fond, c’est un peu ma tv Ă moi. Je suis leurs pĂ©ripĂ©ties, parfois il y a un peu d’humour cachĂ©, souvent de l’agacement, parfois du stress. J’apprends mon nouveau mĂ©tier aussi comme ça.
Une trame sonore de roues qui avancent sur les rails, d’allers et retours d’essuies-glace, du moteur qui ronronne, du gong que j’active frĂ©nĂ©tiquement, de sonneries de demande d’arrĂŞt, des portes qui s’ouvrent et se ferment. Je rĂŞvasse. Du moins, j’apprends Ă conduire tout en m’Ă©vadant. Et c’est gĂ©nial, car c’est exactement pour ça que je suis sur ce siège de tram: me sentir utile, ĂŞtre dans mon coin puis avoir des heures Ă penser.


⬇️ ⬇️ ⬇️ (re)dĂ©couvrez l’article original – FĂ©vrier 2017 : ⬇️ ⬇️ ⬇️















