Les semaines passent et on prend de l’assurance. On s’imprègne de l’ambiance, des rituels, de l’esprit d’entreprise. On continue à vider les machines à café, on connaît par coeur le code de notre boisson à 35 cents. 241: Cappuccino avec 2 doses de sucre. J’apprécie ce nouveau quotidien et toutes ces rencontres, bien que je ne me fonds pas dans la masse. Je ne rejoins pas les rires qui suivent les remarques et les blagues racistes et sexistes. Je ne dois pas être la seule, mais c’est peu visible. Je me sens un peu à part et en même temps mon sentiment d’appartenance grandit. Heureusement, dans mon groupe il y a quelques clowns et on se marre bien. Quand les journées sont plus difficiles, on partage quelques frites et ils me soutiennent.
On a reçu notre uniforme et il faut bien dire que ça change tout. On ressemble aux professionnel.le.s que nous sommes entrain de devenir. Quand j’enfile les pièces le matin, l’assurance me gagne et tous mes gestes deviennent chaque jour un peu plus familiers. Je pars en tram conduire des trams et reviens en tram. J’observe le moindre centimètre des motrices, même en étant passagère. Je me demande comment va se concrétiser cette nouvelle vie, quand je serai dans mon dépôt, avec un horaire de travail spécifique. En tout cas, financièrement cela va déjà mieux: on a reçu une avance sociale pour nous permettre de suivre cette formation dans les meilleures conditions. Même si je ressens un peu d’appréhension face à l’inconnu, puis un sentiment étrange d’avoir signé un contrat d’ouvrière après toutes ces années d’employée, je suis certaine de ne rien regretter. Je suis où je dois être.



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