Saison 5

Trame était dans l’journal!

Article du Soir, 21-22 mars 2020
Un spray, une lavette et des gants (carte blanche)

Il est 12h, je pars au travail. Comme j’aime le faire, je fais un détour par le Starbucks de Montgomery. Fermé. C’est l’occasion de me rappeler qu’il y a plus éthique comme endroit pour s’acheter un café. Que ça aussi, je pourrais changer après « tout ça ». Je continue ma route avec le tram 25, essayant de garder l’équilibre sans me tenir aux mains courantes, ni aux sièges. Oops, je me suis installée trop près de cette dame. Je recule. Mais zut, j’oublie de respirer dans mon cache-cou ! J’arrive au dépôt d’Ixelles, la porte d’entrée est ouverte pour ne pas avoir à la toucher. Certains collègues maladroits tentent encore de faire la bise ou de serrer la main. On s’assied avec hésitation pas trop près, pas trop loin. On est content.e.s de se voir mais, entre plaisir et prudence, on ne sait pas trop comment se comporter. Je pointe à la badgeuse, le nez et la bouche enfoncés dans mon cache-cou, c’est le début de ma journée.

Mon métier, c’est conductrice de trams. Et comme tout le monde, la routine de mon quotidien s’est vue chamboulée ces derniers jours. Tous mes gestes automatiques et mes habitudes doivent être repensés. Cela devient du sport de calculer quand je pourrai enfin me laver les mains. Remplir les documents administratifs, ranger mes affaires et puis aïe, je toucherai une poignée de porte et ce sera rebelote. Pour mon service, j’ai mes accessoires habituels mais depuis quelques jours, j’en trimballe de nouveaux : un spray désinfectant, une lavette rose en micro-fibres et une paire de gants bleus en latex. Je ne transvase plus mon grand pot de gel hydro-alcoolique dans un plus petit, je l’embarque carrément avec moi, pour en user aussi souvent qu’il me semblera adéquat. Il a d’ailleurs pris la place de ma bouteille d’eau dans mon poste de conduite.

À quoi ressemble à présent mes journées ? Comme pour toutes celles et ceux qui s’aventurent dehors : à un film de science-fiction. Les rues sont vides, mon tram désinfecté ne transporte que quelques personnes, le calme règne, c’est une drôle d’ambiance glauque. Il y a une impression d’invasion zombie, et nous sommes les derniers imprudents à tenter notre chance à l’extérieur. On se fera mordre, ou pas. Et vu que les voyageurs ne peuvent plus m’approcher, encore moins me parler, dans le fond le zombie, c’est peut-être moi… Les lignes et nos horaires sont chamboulés, les collègues ne sont pas présent.e.s pour les remplacements, au bureau les assistant.e.s sont débordé.e.s, il manque des trams sur le réseau mais on fait de notre mieux pour assurer le service.

Je me demandais hier si j’étais inconsciente ou courageuse de venir rouler. Ce qui est certain, c’est que rester chez moi sans rien faire, ça ne nous sortira pas de cette crise. Bruxelles a besoin de nous, alors, les mains desséchées et le regard concentré, je vous l’assure : comptez sur moi !

Malvina Reyns

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⬇️ ⬇️ ⬇️ (re)lisez l’article original sur le site du Soir : ⬇️ ⬇️ ⬇️

https://www.lesoir.be/288757/article/2020-03-20/malvina-conductrice-de-tram-bruxelles-je-me-suis-demande-si-jetais-inconsciente
Saison 5

#rétrospective – S02E04: Sable et minutes

Si il y a bien une question qu’on me pose souvent, c’est à quoi ressemblent mes journées de super pilote de trams.
Je comprends tout à fait que mon travail suscite tant de curiosité, je reste moi-même, après toutes ces années, fascinée et amusée par ce métier! (On enlève le stress, la fatigue et la pandémie). Tous ces véhicules différents, ces lignes, ces rails, ces aiguillages, ces manoeuvres, ces panneaux et ces règles… Il y autant à dire qu’à faire 🙂
Ce qui est drôle, c’est que beaucoup d’entre vous me disent avoir envie de conduire des trams! J’adore voir vos yeux briller quand je vous dis ce que je fais dans la vie! Et je n’oublierai jamais la petite fille qui m’observait conduire, puis en descendant a dit à sa maman « mais moi aussi je veux conduire des trams ».

planches originales

Alors cet article était pour vous, les curieux.ses.
Et pour celleux qui l’ont raté, entrez à votre tour dans la peau d’une conductrice de trams pour 8h de service!
Bon voyage dans Bruxelles!

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⬇️ ⬇️ ⬇️ (re)découvrez l’article original de décembre 2017 : ⬇️ ⬇️ ⬇️

Saison 5

#rétrospective – S01E03: Aiguille.

Le réveil a continué de sonner à 6h, chaque matin. Et à ma plus grande surprise, les levers deviennent de plus en plus faciles, malgré les jours qui raccourcissent et le froid qui s’installe. Ça ne me ressemble pas. Je dois avouer que je suis plutôt motivée quand j’ouvre les yeux, à l’idée de retourner au centre de formation. Cette nouvelle vie m’enivre et surtout, je n’ai pas trop le temps de penser à la fatigue. Théorie, découvertes, discussions, rencontres, examens… Les journées filent.

Entre le premier café que l’on partage ensemble et le choco chaud que l’on s’offre à tour de rôle en fin d’après-midi, le temps prend une autre dimension. Surtout, depuis qu’on est parti.e.s sur les rails et qu’on s’est assis.e.s dans un poste de conduite. On en revenait pas quand on nous a annoncé qu’on allait déjà conduire. Et à la barre de notre PCC d’écolage, on ne fait vraiment pas les fier.ière.s. Des journées d’automne sombres et humides, un regard peu affûté. La tête est remplie de théorie mais les gestes sont maladroits, hésitants. Et pendant quelques heures, je me suis demandé ce que je faisais là. Le lendemain, c’était oublié et j’ai rapidement apprécié apprivoiser le véhicule. À tour de rôle avec mon binôme et un instructeur, on arpente les rues de Bruxelles : on observe les quartiers, on glisse avec la pluie, on stresse, on s’marre, on visite les dépôts, les cafétérias, on partage des cafés avec des collègues, on papote… Notre nouveau métier s’infiltre petit à petit en nous.

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Saison 5

#rétrospective – Saison 1: Pilote

J’ai longtemps choisi de travailler par contrats à durée – courte – déterminée et à temps partiel. Il me faut du temps pour moi, pour mes proches et pour mes projets artistiques. Aussi loin que je m’en souvienne, je n’ai jamais saisi la pertinence de s’arracher à son chez soi, ses activités et celleux qu’on chérit pour aller s’épuiser, courir et stresser, tout ça avec la charge de paraître au top de notre beauté et santé. On se doit également de remplir nos conditions sociales qui me semble-t-il sont en totale contradiction. Comment organiser un mariage, des vacances, se préparer à une naissance, gérer la logistique d’une famille, acheter puis rénover une propriété avec seulement quelques heures par semaine de «  repos  »  ? J’appelle ça une vie anti-vie. Chapeau à chaque personne qui relève ce défi. J’ai choisi la vie et le temps pendant plus de dix années de carrière. 

Et un jour, alors qu’elle était dans mon quotidien depuis longtemps, elle a finit par m’étouffer: la précarité. L’été 2016, j’ai pris la décision de la chasser pour de bon et de, enfin, moi aussi, jouer au jeu du travail CDI temps plein. 

J’ai vu une annonce. J’ai postulé.

C’est alors que Trame est né. 

planche de recherche post pilote
planches de recherche

⬇️ ⬇️ ⬇️ (re)découvrez l’article original – Octobre 2016: ⬇️ ⬇️ ⬇️